Il y a deux visages à Phu Quoc. Le premier, celui des plages blondes et des resorts en front de mer, tout le monde le connaît avant même d’y poser le pied. Le second est plus discret : il se cache dans les criques du nord, derrière les collines de la côte est, au bout de pistes de latérite rouge que peu de visiteurs empruntent. C’est là, dans une poignée de villages de pêcheurs encore bien vivants, que Phu Quoc garde son âme la plus authentique.
Passer une matinée à regarder rentrer les barques, sentir l’odeur du poisson séché sur des claies de bambou, échanger deux mots avec un pêcheur qui répare son filet : ce sont ces instants-là, plus que n’importe quelle plage aménagée, qui racontent vraiment l’île. Voici sept villages de pêcheurs à explorer à Phu Quoc, avec quelques conseils pratiques pour en profiter sans les transformer en simples arrêts photo.
Ham Ninh, le village qui a survécu à son propre succès
Impossible de commencer ailleurs. Niché au pied du mont Ham Ninh, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Duong Dong, ce village reste la référence pour qui veut goûter le crabe de Phu Quoc directement sorti de l’eau. Le ponton d’origine a été emporté par une tempête, mais l’esprit du lieu n’a pas bougé : les bateaux amarrés, les échoppes qui servent le crabe à la vapeur presque sous vos yeux. Pour prolonger la découverte de cette pêcherie emblématique, on trouvera un tour d’horizon complet sur le village de pêcheurs de Ham Ninh. Un conseil simple : venez tôt, avant l’arrivée des groupes en minibus, pour profiter du village dans son rythme réel.

Ganh Dau, entre forêt primaire et vue sur le Cambodge
Au nord de l’île, Ganh Dau se mérite. La route qui y mène serpente à travers la forêt primaire de Phu Quoc, loin des axes bétonnés du sud. Une fois arrivé, la récompense est immédiate : une mer d’un vert émeraude, des blocs rocheux sculptés par les vagues, et par temps clair, la silhouette lointaine des côtes cambodgiennes. Les fruits de mer y sont pêchés le matin même et servis sans détour dans de petites gargotes en bord de plage, un vrai point de chute pour qui envisage une extension vers le Cambodge en fin de séjour.

Tran Phu, la vie de quartier au cœur de Duong Dong
Contrairement aux villages isolés du nord, Tran Phu se trouve en plein Duong Dong, ce qui en fait le plus accessible de la liste. Beaucoup de ses habitants viennent historiquement du centre et du nord du Vietnam, attirés par des eaux poissonneuses. Au petit matin, le ballet des barques qui rentrent chargées de poissons et de crevettes anime tout le quartier, et l’ambiance rappelle davantage un marché de village qu’une destination balnéaire. Un passage ici complète bien une découverte plus large de la gastronomie de l’île, où les produits de la mer tiennent une place centrale ; on peut d’ailleurs approfondir le sujet avec ce tour d’horizon des spécialités locales.

Rach Vem, les maisons flottantes et le coucher de soleil parfait
À une vingtaine de kilomètres au nord de Duong Dong, Rach Vem se distingue par ses maisons sur radeaux et ses passerelles de bois qui s’avancent littéralement sur la mer. Les eaux transparentes abritent des étoiles de mer rouges visibles depuis la surface. On peut y nager, marcher entre les habitations flottantes, et surtout y rester jusqu’au coucher du soleil : le ciel prend ici des teintes dorées puis pourpres qui comptent parmi les plus belles de l’île.

Hon Mau, l’archipel où l’on devient pêcheur d’un jour
Direction l’archipel de Nam Du pour Hon Mau, une destination qui demande un peu plus d’organisation mais qui le vaut largement. C’est ici que l’immersion devient totale : embarquer sur un bateau local, apprendre à tirer les filets aux côtés des pêcheurs, puis déguster une bouillie de fruits de mer préparée directement sur le pont, dans un silence propice à la contemplation, très éloigné de l’agitation des plages principales.

Hon Son, le sommet, le kayak et les fruits tropicaux
Dans le hameau de Bai Bac, Hon Son s’anime dès six heures du matin au retour des bateaux de pêche. Ensuite, deux options pour les visiteurs plus actifs : grimper jusqu’au sommet du mont Ma Thien Lanh pour une vue panoramique, ou explorer les fonds environnants en kayak ou en plongée. Hon Son est aussi réputée pour ses fruits tropicaux, mangues et noix de coco en tête.

Rach Tram, le village le plus isolé de Phu Quoc
Tout au nord de l’île, Rach Tram reste l’un des villages les moins fréquentés, accessible par des routes sinueuses qui traversent la forêt. On y vient pour le calme : pagayer le long de la rivière du même nom, explorer une végétation encore préservée, ou simplement s’asseoir au bord de l’eau. L’accueil des habitants, jamais formaté pour le tourisme, ajoute à ce sentiment rare d’arriver quelque part avant tout le monde.

Conseils pratiques pour organiser sa visite
Comment s’y rendre. Phu Quoc est reliée par vols directs à Ho Chi Minh-Ville et Hanoi, avec également des liaisons en ferry depuis le continent pour ceux qui préfèrent prendre leur temps. Sur place, la location d’une moto ou d’un chauffeur privé reste la meilleure option pour rejoindre les villages du nord, souvent mal desservis par les transports en commun.
Quand partir. La saison sèche, de novembre à avril, reste la période la plus confortable pour explorer ces villages à pied ou en bateau, avec une mer calme propice aux excursions vers les archipels voisins ; le détail mois par mois se trouve dans ce guide sur la meilleure période pour visiter Phu Quoc. Ceux qui souhaitent aussi affiner leur calendrier côté continent gagneront à consulter les grandes tendances climatiques du Vietnam et du Cambodge, utiles si un passage par le Cambodge est envisagé après l’île.
Où dormir. Les homestays chez l’habitant offrent l’immersion la plus complète, tandis que les petits hôtels de Duong Dong conviennent mieux à ceux qui veulent rayonner vers plusieurs villages sans changer de base chaque soir.
Respecter les lieux. Ces villages restent des environnements fragiles. Éviter de laisser des déchets, acheter directement aux pêcheurs plutôt qu’aux intermédiaires, et rester discret face à des scènes de vie qui ne sont pas des mises en scène.
Une île à explorer autrement
D’autres villages de pêcheurs vietnamiens, comme celui de Viet Hai sur l’île de Cat Ba, offrent un écho intéressant à ceux de Phu Quoc : même attachement à la mer, même rythme lent, mais un décor de calcaire karstique différent. De quoi nourrir l’envie d’un futur voyage combinant nord et sud du pays.
Au fond, ces sept villages racontent la même histoire sous des formes différentes : celle d’une île qui, malgré son essor touristique fulgurant, n’a jamais tourné le dos à la mer qui l’a fait naître. Pour qui prend le temps de sortir des sentiers balisés, Phu Quoc offre encore de vraies rencontres, loin des transats alignés.