Il y a un moment précis, quand on quitte le tumulte de Duong Dong et que le bitume se transforme en piste rouge bordée de lianes, où l’on comprend que Phu Quoc ne se résume pas à ses plages de sable blanc. Le parc national de Phu Quoc occupe plus de la moitié de l’île — 54 % de sa surface exactement — et abrite l’une des dernières grandes forêts primaires du sud du Vietnam. Pour qui a déjà admiré le sable fin de Bai Sao ou testé les meilleures adresses de street-food du centre-ville, cette immersion en pleine nature offre un tout autre visage de l’île, plus sauvage, plus silencieux, et tout aussi mémorable.
Où se situe le parc national de Phu Quoc et comment y accéder ?
Le parc s’étend sur environ 31 400 hectares au nord-est de l’île, entre les communes de Bai Thom, Ganh Dau et Cua Can, à une trentaine de minutes de route du centre. L’entrée est libre, ce qui en fait une excursion accessible à tous les budgets — un vrai plus quand on compare avec certaines activités payantes de l’île.

Deux options s’offrent aux voyageurs. Les plus autonomes peuvent louer une moto et suivre la route de Nguyen Trung Trực jusqu’au carrefour menant vers Bai Thom, avant de rouler encore une poignée de kilomètres jusqu’à l’entrée du parc, puis poursuivre à pied sur les sentiers de terre battue. Pour ceux qui préfèrent la tranquillité d’esprit, un taxi ou un chauffeur privé reste la solution la plus confortable, surtout en saison chaude où l’ombre se fait rare sur la route côtière.

Si l’aventure en forêt vous plaît, il serait dommage de ne pas prolonger la découverte du nord de l’île : le charmant village de pêcheurs de Hàm Ninh, niché au pied de la même chaîne montagneuse, mérite une halte pour son atmosphère authentique et ses étals de fruits de mer fraîchement pêchés.
Une biodiversité qui rivalise avec les plus beaux parcs d’Asie du Sud-Est
Ce qui frappe d’abord, c’est la densité de la canopée. Sous les grands arbres centenaires se déploient des centaines d’espèces végétales : orchidées sauvages, fougères, plantes médicinales comme le hà thủ ô, et une multitude de lianes qui donnent à la forêt son allure véritablement primaire. Les naturalistes recensent près de 30 espèces de mammifères, une cinquantaine de reptiles et environ 200 espèces d’oiseaux, dont plusieurs figurent dans le Livre rouge du Vietnam en tant qu’espèces menacées.

Cette richesse n’est pas anecdotique : elle a valu à l’ensemble de la réserve de biosphère de Kien Giang, qui englobe le parc, une reconnaissance de l’UNESCO en 2006. C’est d’ailleurs l’un des rares endroits du pays où l’écotourisme s’est développé main dans la main avec la conservation, un modèle qui commence à inspirer d’autres régions du Vietnam. À ce titre, la comparaison avec le parc national de Cat Ba, autre joyau forestier classé au nord du pays, est souvent évoquée par les amoureux de nature qui cherchent à combiner plusieurs étapes « vertes » lors d’un même voyage en Indochine.
Sur les sentiers : cascades, rivières et sommet à conquérir
Une fois à l’intérieur, la forêt se découvre par étapes. Les cours d’eau — suối Đá Bàn, suối Tranh, suối Đá Ngọn — descendent de la chaîne de Ham Ninh en formant de petites cascades où il est tentant de tremper les pieds après une heure de marche sous la chaleur tropicale. L’ambiance y est feutrée, presque irréelle : le chant des oiseaux remplace le bruit des scooters, et la lumière filtre en rayons obliques à travers les frondaisons.

Pour les randonneurs plus aguerris, le mont Chúa culmine à 603 mètres et porte fièrement le surnom de « toit de Phu Quoc ». Le sentier, escarpé par endroits, demande une bonne condition physique, mais la récompense au sommet — un panorama à 360° sur la canopée et, par temps clair, sur la mer au loin — vaut chaque goutte de sueur. Comptez une bonne demi-journée aller-retour, chaussures de marche fermées vivement recommandées.

Entre mars et juin, les sentiers se parent d’un détail inattendu : des myrtes sauvages en fleurs, dont les pétales mauves tapissent le sous-bois. Le reste de l’année, notamment en fin d’année, ce sont leurs petits fruits sucrés que l’on peut goûter directement sur place, un souvenir gustatif que peu de visiteurs de l’île connaissent.
Manger et se préparer avant l’excursion
Contrairement aux zones touristiques du sud de l’île, le parc ne dispose d’aucune infrastructure de restauration — logique pour un site avant tout dédié à la préservation. Mieux vaut donc partir avec une bouteille d’eau bien remplie et quelques encas. En sortant du parc, direction le petit village de pêcheurs de Rach Vem, réputé pour ses crabes vapeur et son gỏi cá trích (salade de sardines marinées), une spécialité locale à ne pas manquer.

Côté équipement, quelques réflexes simples changent tout : chaussures légères et confortables, vêtements longs et respirants pour se protéger des moustiques, crème solaire, répulsif anti-insectes et une petite trousse de premiers secours. La chaleur humide de l’île fatigue vite, donc mieux vaut prévoir large en eau. Pour affiner votre planning, il peut être utile de vérifier au préalable la meilleure période pour partir à Phu Quoc, la saison sèche (février à juin) offrant clairement les meilleures conditions de randonnée.
Plus largement, si vous planifiez un circuit combinant le Vietnam et ses voisins, jeter un œil à la meilleure saison pour visiter le Vietnam et le Cambodge peut aider à caler l’ensemble de l’itinéraire sans mauvaise surprise climatique.
À voir aux alentours
Une fois redescendu de la forêt, plusieurs sites méritent le détour dans le nord de l’île. Hòn Một, petit îlot aux eaux transparentes bordé de coraux, se prête parfaitement à une pause farniente. Un peu plus loin, la plage de Bai Thom séduit par son sable fin et ses eaux peu profondes, idéales pour se rafraîchir après la randonnée. Et pour les amateurs de couchers de soleil spectaculaires, Bai Dai — souvent citée parmi les plus belles plages du Vietnam — complète idéalement la journée.
En résumé : une parenthèse sauvage à ne pas manquer
Le parc national de Phu Quoc n’a rien d’un décor de carte postale préfabriqué : c’est une forêt vivante, dense, parfois exigeante, mais profondément gratifiante pour qui prend le temps de s’y perdre un peu. Entre cascades cachées, sommet à conquérir et biodiversité remarquable, cette excursion apporte un contrepoint bienvenu aux journées de farniente sur les plages de l’île. Si vous cherchez à construire un itinéraire complet mêlant nature, culture et détente, n’hésitez pas à consulter également les autres activités incontournables à Phu Quoc pour composer un séjour à votre image — entre forêt primaire le matin et coucher de soleil sur la mer le soir, l’île ne cesse jamais de surprendre.