La première fois que j’ai entendu parler d’un « safari » à Phu Quoc, j’ai cru à une blague. Des lions, des girafes et des rhinocéros sur une île connue pour ses plages de sable blanc et ses couchers de soleil sur le golfe de Thaïlande ? Et pourtant, c’est bien réel : au nord-ouest de l’île, dans un océan de verdure de 380 hectares, vit l’une des expériences les plus inattendues de tout le Vietnam.
Je m’y suis rendu un matin brumeux, sceptique, imaginant un zoo un peu tristounet. J’en suis reparti la mémoire pleine d’images improbables : une girafe penchant sa tête vers la vitre du bus, un lion blanc étiré sous un arbre, des flamants roses immobiles comme des touches de peinture au milieu d’un étang. Voici l’essentiel avant d’y aller à votre tour.
Un sanctuaire sauvage au cœur de l’île
Ouvert en 2015, ce parc s’étend sur près de 380 hectares de forêt tropicale préservée, ce qui en fait de loin le plus vaste espace animalier du pays. On y croise environ 150 espèces et plus de 3 000 animaux venus d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Australie, sans compter une flore généreuse de plus de 1 200 espèces végétales. Loin de l’image figée d’un zoo classique, l’endroit inverse le principe des grands safaris africains : les animaux évoluent en semi-liberté, et ce sont les visiteurs qui traversent leur territoire, à bord de véhicules sécurisés.

C’est ce détail qui change tout : il n’y a presque pas de barrières visibles entre vous et les animaux. La sensation d’être, l’espace d’un instant, un simple invité dans le territoire d’un tigre du Bengale ou d’un rhinocéros procure un frisson qu’aucun documentaire animalier ne peut vraiment transmettre.

Où se situe le parc et comment y accéder
Le site se trouve dans la commune de Ganh Dau, à l’extrémité nord-ouest de Phu Quoc, à environ 25-30 kilomètres du centre de Duong Dong, soit 40 à 50 minutes de trajet selon la circulation. La route elle-même mérite le détour : elle traverse forêts, hameaux de pêcheurs et longs alignements de cocotiers, un avant-goût de la diversité de paysages que réserve le nord de l’île.

On peut s’y rendre en taxi, en voiture avec chauffeur, en scooter loué à Duong Dong, ou via les navettes de certains hôtels. Je recommande le scooter si vous êtes à l’aise avec la conduite locale : cela permet de s’arrêter au cap de Ganh Dau, dont la vue sur le golfe de Thaïlande vaut à elle seule le détour. Beaucoup de voyageurs enchaînent d’ailleurs plusieurs activités du nord de l’île le même jour pour rentabiliser le trajet.
Le clou du spectacle : le safari en bus
L’expérience phare reste le safari en bus, un parcours d’environ une heure à travers de vastes enclos ouverts où évoluent lions, tigres, rhinocéros, zèbres, girafes, antilopes et autruches. Le plus frappant n’est pas la proximité avec les fauves — impressionnante, certes — mais plutôt les girafes, curieuses et placides, qui s’approchent parfois à quelques mètres du bus sans la moindre gêne.

Les guides commentent le trajet avec des anecdotes sur le comportement de chaque espèce et les programmes de reproduction menés sur place, notamment pour les rhinocéros et certains primates rares, comme les lémuriens à collerette venus de Madagascar. On sent, au fil des explications, que le parc revendique une véritable mission de conservation plutôt qu’un simple argument marketing.
Spectacles, flore et une journée qui file trop vite
Au-delà du safari en bus, plusieurs présentations rythment la journée, dont un spectacle d’oiseaux de proie et de perroquets très populaire auprès des enfants. Prenez aussi le temps de flâner dans les jardins : avec plus de 1 200 espèces végétales, palmiers géants, bambous et orchidées créent un cadre presque aussi photogénique que la faune elle-même.

Le lendemain, j’ai discuté avec un couple qui avait combiné le parc avec une extension vers le Cambodge voisin, à quelques heures de bateau ou d’avion de l’île — une option de plus en plus prisée. Si l’idée vous tente, mieux vaut vérifier en amont quand partir au Vietnam et au Cambodge, les deux destinations n’ayant pas tout à fait le même calendrier climatique.
Quand visiter le parc pour une expérience optimale
Le site accueille les visiteurs toute l’année, mais la période idéale se situe entre novembre et avril, pendant la saison sèche, quand le ciel reste dégagé et les températures oscillent entre 25 et 30°C. C’est aussi le moment où les animaux sont les plus actifs tôt le matin — un argument de plus pour arriver à l’ouverture, quand la chaleur est douce et la fréquentation réduite.

Si vous hésitez sur les dates de votre séjour, notre guide sur la météo et la meilleure période pour visiter Phu Quoc détaille mois par mois à quoi vous attendre, saison des pluies comprise.
Mes conseils pratiques avant d’y aller
Quelques réflexes simples rendent la visite bien plus agréable :
- Habillez-vous léger : vêtements respirants, chapeau et crème solaire sont indispensables, la marche entre les zones pouvant durer plusieurs heures sous un climat tropical.
- Emportez de l’eau : le site est immense, et même à bord du bus, la chaleur se fait vite sentir.
- Prévoyez de la mémoire pour vos photos : entre les girafes, les lions blancs et les flamants roses, les occasions de clichés spectaculaires ne manquent pas.
- Respectez les consignes : ne pas nourrir les animaux, rester dans le véhicule pendant le parcours safari, et garder les enfants à proximité dans les zones d’observation.

Une expérience familiale, et bien plus
Si vous voyagez avec des enfants, sachez que le parc figure parmi les activités les plus plébiscitées par les familles sur l’île, aux côtés des plages et des parcs à thème voisins. Nous en parlons plus en détail dans notre article dédié à Phu Quoc en famille, avec des conseils pour organiser un séjour adapté à tous les âges.

Et si l’appel de la nature sauvage vous a plu ici, sachez que d’autres îles du pays offrent une approche différente, plus tournée vers la randonnée et les parcs nationaux — Cat Ba, au nord, en est un bon exemple pour ceux qui souhaitent comparer deux visages très différents du Vietnam insulaire.
En repartant, les mains encore un peu tremblantes
Ce qui m’a le plus marqué en quittant le parc, ce n’est pas la liste des espèces observées, mais ce sentiment étrange d’avoir traversé, en une seule matinée, quatre continents sans jamais quitter une île vietnamienne. Entre les lions blancs somnolents, les girafes curieuses et l’engagement affiché pour la conservation des espèces menacées, ce site prouve que Phu Quoc a bien plus d’un tour dans son sac que ses seules plages. Une chose est sûre : on n’en ressort jamais tout à fait comme on y est entré.