Il y a des endroits qui se visitent, et d’autres qui se vivent. La côte nord de Phu Quoc appartient clairement à la seconde catégorie. Loin des complexes hôteliers du sud et des néons de Duong Dong, ce littoral a gardé son âme sauvage : jungle dense qui plonge droit dans une mer turquoise, sable blanc désert, couchers de soleil qui embrasent l’horizon entre les îles cambodgiennes. C’est ici, sur ces plages presque anonymes, que le camping sauvage prend tout son sens. Pas de matelas moelleux, pas de room service : juste une tente, le bruit des vagues, et la sensation grisante d’avoir trouvé un coin de Vietnam que le tourisme de masse n’a pas encore touché.
Pourquoi le nord de Phu Quoc mérite une nuit à la belle étoile
Le sud de l’île a beaucoup changé ces dernières années, mais le nord résiste. Aucun grand hôtel, aucun bar à cocktails, aucune route bétonnée jusqu’au bord de l’eau : seulement des collines couvertes de forêt tropicale qui tombent directement dans une eau calme et peu profonde. C’est précisément cette absence d’infrastructure qui rend l’expérience si précieuse. Beaucoup de voyageurs rêvent d’une île déserte et sauvage sans jamais vraiment la trouver, simplement parce qu’ils ne s’aventurent pas jusqu’ici et ne songent pas à dormir sur le sable. Avant de partir, jetez un œil aux plus belles plages de Phu Quoc pour situer ces criques nordiques par rapport au reste de l’île : la différence de fréquentation est saisissante.

La meilleure période pour tenter l’aventure se situe pendant la saison sèche, de novembre à avril environ, quand la mer est plate et les nuits sans pluie. Hors de cette fenêtre, la mousson peut transformer une nuit de camping en corvée trempée. Un détour par notre page sur la météo à Phu Quoc et le meilleur moment pour partir vous évitera bien des mauvaises surprises, d’autant que les conditions changent vite d’un mois à l’autre sur cette partie du golfe de Thaïlande.
Plage du Dragon : l’isolement total, accessible seulement par bateau

Impossible d’y accéder en scooter : Bãi Biển Hàm Rồng, la plage du Dragon, ne se rejoint qu’en bateau, et c’est précisément ce qui en fait un lieu à part. Un fin ruban de sable blanc glisse dans une eau turquoise peu profonde, encadré d’une jungle dense et de collines spectaculaires. La traversée, une dizaine de minutes depuis le village voisin de Rach Vem, se négocie directement auprès des familles de pêcheurs qui tiennent les restaurants sur pilotis. Comptez une somme modique par personne pour un groupe d’au moins quatre voyageurs, et n’hésitez pas à discuter le prix avec le sourire, comme il est d’usage ici.

Deux petites jetées en bois marquent les extrémités de la plage, mais le batelier peut vous déposer où bon vous semble. Privilégiez la partie sud, plus tranquille : une clairière ombragée, surélevée par rapport à la mer, ressemble à un ancien poste de garde forestier et offre un emplacement de camp idéal, avec vue imprenable sur le coucher de soleil face aux îles cambodgiennes. Repérez bien la ligne laissée par la dernière haute mer avant de planter votre tente, car l’eau grignote une bonne partie du sable pendant la nuit.

Rach Vem, la plage aux étoiles de mer
Juste au sud de la plage du Dragon, Rach Vem doit son surnom de « plage aux étoiles de mer » aux centaines d’étoiles rouges qui tapissent ses eaux peu profondes. Le petit hameau de pêcheurs propose quelques restaurants flottants réputés, reliés à la terre par de longues passerelles en bois. La partie sud a perdu un peu de son charme, envahie par les décors à selfies, mais l’extrémité nord reste authentique et paisible : roulez vers le nord jusqu’au bout du chemin sablonneux, c’est là que se trouve le meilleur point de départ vers la plage du Dragon, et un bon emplacement de camp si la famille locale vous en donne l’autorisation.

Rach Tram, la plage la plus septentrionale de l’île
Plus au nord encore, Rach Tram reste l’une des rares zones de Phu Quoc totalement épargnées par le développement. Une route récemment goudronnée mène presque jusqu’au rivage, mais c’est surtout la partie nord de la baie, au-delà du hameau de pêcheurs, qui vaut le détour : sable blanc, eau calme, quelques rochers où nager et sauter à l’eau, et un décor cambodgien qui donne aux couchers de soleil une intensité rare. Garez le scooter près du ruisseau et poursuivez à pied avec votre équipement pour trouver un coin tranquille sous les palmiers, sans jamais planter la tente trop près de l’eau : la marée monte loin dans la nuit.

Bai Thom, entre baies tranquilles et hameaux de pêcheurs
À l’extrémité nord-est de l’île, Bai Thom s’étire sur plusieurs kilomètres de baies peu profondes et de plages ombragées de filaos. L’eau y est moins turquoise et le sable moins fin qu’ailleurs, mais l’endroit dégage un charme paisible, loin de toute agitation. Ceux qui ne voyagent pas avec leur propre matériel trouveront ici quelques hébergements rustiques proposant location de tente ou emplacement de camping contre une petite participation, ainsi que des fruits de mer frais préparés par des familles accueillantes, un peu à l’image de ce que l’on retrouve à Ham Ninh, le village de pêcheurs authentique de Phu Quoc, sur la côte est.

Quel matériel emporter pour une nuit réussie
Inutile de s’encombrer de gadgets high-tech : une tente légère, un tapis de sol gonflable, une lampe frontale, un power bank, de l’eau en grande quantité et un peu de nourriture suffisent largement. Ajoutez une moustiquaire ou un spray anti-moustiques, quelques bougies longue durée pour l’ambiance du soir, une trousse de premiers secours basique et, bien sûr, du bon sens. Le camping reste d’ailleurs l’une des façons les plus économiques de découvrir l’île, sans sacrifier le confort essentiel.

Sécurité, marées et respect du littoral
Le camping sauvage reste peu répandu au Vietnam, alors mieux vaut rester discret : installez votre tente hors de vue des routes, et demandez toujours la permission si vous croisez des habitants. Vérifiez la ligne de marée haute avant de vous installer, gardez vos objets de valeur dans la tente la nuit, et repartez en laissant le site plus propre qu’à votre arrivée : un sac pour vos déchets suffit à préserver la magie du lieu. Ceux qui prolongent l’aventure au-delà de l’île trouveront des repères utiles sur la meilleure période pour voyager entre le Vietnam et le Cambodge, notamment si un détour par des parcs nationaux comme celui de Cat Ba figure au programme.

Une aventure à vivre maintenant
Camper sur les plages du nord de Phu Quoc n’a rien d’un simple hébergement économique : c’est une manière de ralentir, de renouer avec l’essentiel, et de voir l’île telle qu’elle était avant l’arrivée massive des touristes. Le sable sous le tapis de sol, le clapot des vagues toute la nuit, le silence rompu seulement par les insectes de la jungle : ce sont des souvenirs qui restent gravés bien après le retour. Alors que le développement grignote peu à peu les côtes vietnamiennes, ces bandes de sable sauvage ne resteront peut-être pas éternellement aussi préservées. La meilleure raison d’y aller ? C’est maintenant, avant que tout le monde n’ait la même idée.